L’eau souterraine n’a jamais été aussi stratégique, que ce soit pour la transition énergétique, la résilience urbaine ou la qualité environnementale. Le développement de Traqua, une spin-off de l’UNamur, avec son positionnement de niche, en atteste.
L’eau souterraine n’a jamais été aussi stratégique, que ce soit pour la transition énergétique, la résilience urbaine ou la qualité environnementale. Le développement de Traqua, une spin-off de l’UNamur, avec son positionnement de niche, en atteste.
L’entreprise a participé dernièrement au salon bisannuel Pollutec, à Lyon. À ce rendez-vous incontournable pour les entreprises innovantes dans le secteur de l’environnement, sa présence était une évidence. Sa spécialité n’est autre que le traçage hydrogéologie, l’étude de la dynamique des eaux souterraines.
« Ce salon, c’est l’occasion de rencontrer des partenaires, de montrer ce qu’on fait dans des contextes très variés, et de sortir du cadre purement académique », explique Sofie De Volder, venue représenter Traqua à Pollutec, avec une vaste délégation wallonne. Pas moins de 60 acteurs des « cleantechs » wallonnes avaient fait le déplacement grâce à une étroite collaboration entre l’Awex, WBI, le Cluster H2O et GreenWin.
Un outil propre et une expertise globale
« Au début de nos activités, une part importante du chiffre d’affaires provenait de la location du dispositif Stream mis au point par Amaël Poulain, dans le cadre de son doctorat. Il s’agit d’une sonde de traçage des flux hydrogéologiques », précise Mme De Volder. « Une cinquantaine de ces dispositifs sont d’ailleurs toujours disponibles, pour quelques semaines ou quelques mois. Ils peuvent être envoyés dans toute l’Europe, voire plus loin, suivant l’intérêt de nos clients. Des contrats de location ponctuelle ont ainsi été signés avec l’Espagne. Même le secteur minier en Australie serait intéressé. »
Aujourd’hui, la location de ces équipements est cependant devenu une activité marginale pour Traqua. « Ce qui fonctionne réellement bien, ce sont les services complets que nous proposons à nos clients », souligne Sofie De Volder. « Cela passe par des études de terrain, le déploiement de nos dispositifs, la récolte de données et leur interprétation. C’est dans ce cocktail de compétences que réside notre valeur ajoutée. »
Partout où il y a des écoulements
Depuis trois ans, Traqua a donc fortement diversifié ses domaines d’intervention. Historiquement ancrée dans les projets liés à la protection des eaux souterraines et à la qualité environnementale, l’entreprise intervient désormais dans des secteurs très techniques : géothermie, carrières, infrastructures souterraines ou encore études de risques karstiques. Bref, partout où des écoulements peuvent avoir un impact sur l’environnement et les activités humaines.
« En géothermie, par exemple, si on injecte de l’eau pour la réchauffer et qu’on la retrouve très vite en sortie, cela veut dire que le système recycle le liquide trop rapidement. C’est mauvais pour la performance, et cela nécessite des ajustements », souligne la représentante de l’entreprise wallonne.
Autre exemple, à Bruxelles, Traqua est intervenue sur les chantiers du métro, où le creusement de tunnels dans des nappes phréatiques impose une stabilisation par congélation du sol. Le comportement de l’eau est alors un facteur critique. La spin-off wallonne a ainsi modélisé localement les vitesses d’écoulement, permettant d’ajuster les volumes d’azote liquide utilisés pour « geler » le sol et maintenir la stabilité des parois. Ce savoir-faire intéresse aujourd’hui Anvers, où un projet similaire est en discussion.
Une expertise sollicitée en Belgique et à l’étranger
Outre la Belgique, Traqua regarde aussi vers l’international. D’où sa présence à Lyon. La France est d’ailleurs son premier marché étranger, avec des projets de géothermie de moyenne profondeur. Le Royaume-Uni est également un pays stratégique, notamment en raison de l’intérêt croissant pour la géothermie minière, un domaine où le savoir-faire local s’est étiolé. « On nous demande des prestations en Écosse, par exemple, sur d’anciens sites industriels ou miniers pollués. Les connaissances du terrain existent, mais la capacité d’analyse y a disparu. »
Parallèlement, l’entreprise poursuit ses travaux dans le secteur des carrières, notamment en Wallonie, où les exploitants cherchent à mieux comprendre l’impact de leur activité sur les nappes phréatiques.
Un retour à l’environnement après les inondations de 2021
Depuis les inondations de juillet 2021, la Wallonie impose une étude hydrologique préalable à tout permis de construire en zone inondable. Traqua s’est rapidement positionnée sur ce créneau : modélisation des ruissellements, capacité d’infiltration, impact des aménagements sur les flux pluviaux… Ces études, moins techniques que la géothermie, occupent néanmoins une part importante de leur activité actuelle. « C’est une forme de retour à l’environnemental pur, mais avec un vrai besoin sur le terrain, et un impact direct sur la sécurité des populations », conclut Sofie De Volder.
Article écrit par Christian Du Brulle pour la plateforme Daily Science.
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Une première expérience de type professionnelle de longue durée à l’étranger vous tente ? Le partage de la culture francophone belge et l’enseignement du français vous intéressent ? Devenez auxiliaire de conversation en langue française ! Les candidatures sont attendues pour le 15 février 2026.
Une première expérience de type professionnelle de longue durée à l’étranger vous tente ? Le partage de la culture francophone belge et l’enseignement du français vous intéressent ? Devenez auxiliaire de conversation en langue française ! Les candidatures sont attendues pour le 15 février 2026.
Présentation générale du programme
Les auxiliaires de conversation en langue française sélectionné.e.s par WBI sont appelé.e.s à soutenir l’enseignement du français par les professeur.e.s locaux.ales dans des classes de l’enseignement primaire, secondaire ou universitaire (variable selon les pays) et à promouvoir la langue française et la culture francophone de Belgique dans les pays partenaires.
L’auxiliaire sera amené à :
- Consacrer 12 heures à 16 heures par semaine à l’approche du français (sans compter les préparations des cours et la participation aux activités extrascolaires) et de son enseignement essentiellement centré sur l’oralité ;
- Représenter Wallonie-Bruxelles à l’étranger : promouvoir la langue française et la culture francophone de Belgique ainsi que l’image et les atouts de Wallonie-Bruxelles.
Profil des candidat.e.s
Ce programme s’adresse aux candidat.e.s de moins de 35 ans (30 ans pour l’Italie) qui possèdent ou sont sur le point d'obtenir un diplôme de l'enseignement supérieur (minimum bachelier) de la Fédération Wallonie-Bruxelles, un intérêt pour l’enseignement et le partage de la culture belge francophone. Il y a lieu également de résider depuis au moins un an en Belgique francophone.
Notez qu’un niveau minimum de connaissance de la langue du pays d’accueil est requis :
- Royaume-Uni et République d’Irlande : B1+
- Suisse germanophone : B1
- Espagne, Allemagne : A2+
- Italie : A1+
- Autriche : A2
- Taïwan : A1+ en chinois et B1+ en anglais
Durée du programme
De 6 à 11 mois (variable selon les pays). Une expérience dans l’enseignement est parfois requise.
Introduction des candidatures
Le délai de présentation de votre dossier de candidature est fixé au 15 février à minuit de chaque année.
La sélection se déroule en 2 étapes :
- Une vérification administrative de votre demande sur base des conditions de recevabilité
- Un entretien oral (en mars/ avril) sur base des conditions d’évaluation par un jury de sélection
Cet entretien portera sur :
- La méthodologie de l’enseignement du français (principalement des cas pratiques, des mises en situation)
- La connaissance élémentaire des institutions et des réalités culturelles de Wallonie-Bruxelles
- La connaissance (variable) de la langue du pays d’accueil
Modalités financières
L'auxiliaire disposera soit d'un salaire mensuel soit d'une bourse mensuelle versé.e par le pays d'accueil pour la durée de l'assistanat. Ses frais de voyage et bagages internationaux A/R sont pris en charge par WBI sur une base forfaitaire.
Retrouvez le témoignage d'un ancien auxiliaire de conversation, vous serez convaincu.e de postuler !
Plus d’informations
Retrouvez tous les détails sur la page du programme.
Les documents pour constituer votre dossier de candidature sont repris dans l’onglet "Votre demande".
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Le Président de la Fédération sénégalaise de Karaté et disciplines associées (FSKDA), M. Mouhamed El Moctar DIOP et son homologue de la Fédération francophone de Karaté et arts martiaux associes (FFKAMA), Mme Clarisse LOCOGE, ont signé le vendredi 24 octobre 2025 à la Délégation générale Wallonie-Bruxelles au Sénégal, un accord-cadre de partenariat.
Le Président de la Fédération sénégalaise de Karaté et disciplines associées (FSKDA), M. Mouhamed El Moctar DIOP et son homologue de la Fédération francophone de Karaté et arts martiaux associes (FFKAMA), Mme Clarisse LOCOGE, ont signé le vendredi 24 octobre 2025 à la Délégation générale Wallonie-Bruxelles au Sénégal, un accord-cadre de partenariat.
Présidée par le Délégué général Wallonie-Bruxelles, M. Jean-François Pakula, cette cérémonie concrétise la mise en contact de ces deux organisations en septembre 2024 avec l’appui de l’Administration générale du Sport à la Fédération Wallonie-Bruxelles.
A travers cet accord, le FFKAMA et la FSKDA conviennent de soutenir le développement du sport en général et du karaté en particulier, à préserver la mission de promotion de la paix et des valeurs morales et éthiques du sport.
Les deux parties conviennent aussi de communiquer et de coopérer pour la mise en pratique des principes de fair-play à tous les niveaux des activités sportives et à condamner toute forme de discrimination raciale.
Le FSKDA et la FFKAMA entendent favoriser le développement des échanges d'athlètes entre eux pour la participation à des compétitions et entraînements bilatéraux et multilatéraux, ainsi que l'échange d'officiels, d'entraîneurs, de juges, d'experts et de scientifiques pour leur participation à des séminaires, cours et des conseils, ainsi que des réunions sur des sujets de karaté.
Notons que les deux présidents de fédération ont choisi de signer cet accord à la Délégation générale Wallonie-Bruxelles en reconnaissance de ses missions d’accompagnement de la coopération entre la Belgique francophone et le Sénégal en général et pour son rôle particulier de mise en relation des deux organisations.
Le Délégué général s’est réjoui de ce nouveau partenariat en saluant le pragmatisme des deux présidents et a évoqué les perspectives d’accompagnement de leurs actions par WBI.
Les discussions ont également porté sur les valeurs des arts martiaux notamment la non-violence, le respect, la discipline et la confiance en soi ainsi que sur les règles d’arbitrage du karaté. Ces qualités humaines que confère la pratique du karaté ont justifié le changement de calendriers scolaires afin d’intégrer la discipline dans le cursus dans certains établissements scolaires en Belgique.
S’agissant des Jeux olympiques de la Jeunesse (JOJ) à Dakar en 2026, le karaté devrait figurer parmi les 10 épreuves de démonstration, la discipline étant retirée des compétitions olympiques du fait, selon le Comité international olympique (CIO), de son manque de valeur de divertissement et d’attirance vis-à-vis du public jeune.
Notons enfin l’appui conséquent de la Chine au Sénégal dans le cadre des JOJ avec le sponsoring de ses entreprises, la réalisation d’infrastructures abritant les compétitions et le soutien à la préparation des jeunes sportifs sénégalais par des stages de préparation en Chine.
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Le Programme Pilote d'Enseignement du Français en région a été lancé au collège Pablo Neruda de Valparaíso. Cette initiative vise à promouvoir l'apprentissage de la langue française au Chili, le multilinguisme et la diversité culturelle, en créant de nouvelles opportunités pour les élèves des écoles des Services Locaux de l’Éducation Publique de Magallanes (extrème-sud), Valparaíso (centre) et Licancabur (extrème-nord).
Le Programme Pilote d'Enseignement du Français en région a été lancé au collège Pablo Neruda de Valparaíso. Cette initiative vise à promouvoir l'apprentissage de la langue française au Chili, le multilinguisme et la diversité culturelle, en créant de nouvelles opportunités pour les élèves des écoles des Services Locaux de l’Éducation Publique de Magallanes (extrème-sud), Valparaíso (centre) et Licancabur (extrème-nord). Parmi les 200 élèves des six établissements qui bénéficieront du programme, certains ont assisté à la cérémonie avec leurs familles.
La Représentation Wallonie-Bruxelles au Chili a le plaisir d'annoncer la collaboration à cette nouvelle initiative en faveur de l'enseignement du français au Chili. Cette initiative, menée par l'Ambassade de France et l'Institut français, bénéficie de notre participation enthousiaste en tant que représentation francophone.
Wallonie-Bruxelles International apportera son soutien tant sur le plan financier que dans le cadre d'activités de promotion de la francophonie.
Cet événement a réuni des représentants du Service local de l'éducation publique et du ministère chilien de l'Éducation, l'Ambassadeur de Belgique Christian de Lannoy et l'Ambassadeur de France Cyrille Rogeau, ainsi que la Représentante de l’OIF pour les Amériques Zahra Kamil Ali, l’attachée de Programme à la Représentation de l’OIF pour les Amériques Sabine Mengue Abessolo et la Représentante Wallonie Bruxelles au Chili Martine Leclercq.
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Le programme Interreg Grande Région lance son 4ème appel à projets visant à soutenir des initiatives transfrontalières en faveur d’une Grande Région plus durable, plus verte, plus sociale et dotée d’une meilleure gouvernance.
Plus de 13 millions d'euros du Fonds européen de développement régional (FEDER) sont disponibles pour cet appel qui sera ouvert du 24 novembre 2025 au 13 février 2026.
Le programme Interreg Grande Région lance son 4ème appel à projets visant à soutenir des initiatives transfrontalières en faveur d’une Grande Région plus durable, plus verte, plus sociale et dotée d’une meilleure gouvernance.
Plus de 13 millions d'euros du Fonds européen de développement régional (FEDER) sont disponibles pour cet appel qui sera ouvert du 24 novembre 2025 au 13 février 2026.
Les projets devront contribuer à l’un des objectifs spécifiques ouverts au financement :
- Axe prioritaire 1 – Une Grande Région plus verte
- Objectifs spécifiques 1 et 3 (Adaptation au changement climatique, Protection et la préservation de la nature)
- Axe prioritaire 2 – Une Grande Région plus sociale
- Objectifs spécifiques 4, 5, 6 (Marché du travail, éducation, santé)
- Axe prioritaire 4 – Une Grande Région dotée d’une meilleure gouvernance de la coopération transfrontalière
- Objectifs spécifiques 9 et 11 (Efficacité de l’administration publique, meilleure gouvernance de la coopération)
Une procédure accélérée
Cet appel à projets est organisé selon une procédure en une seule étape.
Après une phase d’instruction, le Comité de suivi du Programme se réunira en juillet 2026 pour approuver les projets.
Envie de vous lancer ?
Informez-vous dès à présent sur les conditions de participation, les critères de sélection et les exemples de projets déjà soutenus sur www.interreg-gr.eu.
Prenez contact avec l’Equipe technique wallonne Interreg Grande Région pour toute information complémentaire : Grand’Rue, 1 – 6800 LIBRAMONT - www.interreg-gr.eu - etwallonne@interreg-gr.be - +32(0)61 50 81 81.
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Avignon, c’est une histoire de mots dans l’air du soir, de lieux historiques et d’autres renouvelés, des passions d’un été et de toutes les années. Avignon, c’est une fête de Théâtre qui se déploie depuis maintenant presque 80 ans dans l’espace et dans le temps. L’espace et le temps d’un festival, mais aussi l’espace et le temps des festivaliers, des revendications et des histoires. Évocation, cru 2025.
Avignon, c’est une histoire de mots dans l’air du soir, de lieux historiques et d’autres renouvelés, des passions d’un été et de toutes les années. Avignon, c’est une fête de Théâtre qui se déploie depuis maintenant presque 80 ans dans l’espace et dans le temps. L’espace et le temps d’un festival, mais aussi l’espace et le temps des festivaliers, des revendications et des histoires. Évocation, cru 2025.
« Je suis toi dans les mots ». C’est par cette phrase de Mahmoud Darwich que Tiago Rodrigues, directeur du Festival d’Avignon, ouvrait sa 79e édition, le 5 juillet dernier. Un festival qui invitait l’arabe par les mots, l’espace des corps par la danse et les temps du monde par sa diversité de fonds et formes. Un festival pour se glisser dans d’autres vies, d’autres lieux et d’autres temporalités que les nôtres.
Car le festival, depuis les presque 80 ans qu’il existe, bouleverse pour tous les spectateurs, d’un jour, de toujours, professionnels ou passionnels, le rapport à l’espace et au temps. Et particulièrement cette année, pendant les 22 jours, 300 représentations et 42 spectacles de la programmation du IN. D’abord, il y a, depuis trois ans, cette langue invitée, qui se glisse au festival, s’imposant à chaque début de représentation, après le français et l’anglais, rappelant de ne prendre aucune photo et d’éteindre son téléphone. Une langue qui dessine les contours d’un espace et d’un temps précis. Cette année, la langue arabe nous emmenait, nous spectateurs, loin d’Avignon et de son effervescence théâtrale.
D’abord parce que choisir l’arabe dans nos temps politiquement secoués, en pleine crise au Proche Orient, c’est oser l’irruption d’un réel espace-temps de douleurs, mais aussi d’espoirs, dans un quotidien festivalier souvent confortable – le pire inconfort étant le peu de place pour les jambes dans les gradins de la carrière Boulbon, les toilettes sèches au cloître des Carmes, le début d’un spectacle différé suite à un souci technique pour Israël et Mohamed, le malaise d’une spectatrice nécessitant l’interruption du Sommet de Marthaler… Bref, l’inconfort luxueux. Et là-dedans, surgit cette langue. Cette langue comme mille pays et territoires qui nous semblent lointains, mais se rapprochent par le pouvoir de mots et de sensibilité autres.
Parmi les spectacles qui mettaient à l’honneur la langue arabe, et, avec elle, un processus de travail, un abord du théâtre différents, il y avait le sublime When I saw the sea. Dans une lumière crue qui bouleverse la noirceur, trois éthiopiennes immigrées au Liban racontent leur calvaire, prisonnières là-bas du système Kafala. Un système qui prive totalement de liberté le personnel de maison des libanais nantis. Les trois femmes interprètent leur propre histoire, la disent, la vivent, la dansent, accompagnées au plateau par deux musiciens. Elles sont sublimes de vérité, droiture et exigence théâtrales. « En septembre dernier, je tentais de fuir les bombardements israéliens sur Beyrouth avec ma famille vers un abri », confiait en début de festival Ali Chahrour au quotidien Libération. « Autour de moi, des travailleuses migrantes erraient dans les rues après avoir été laissées totalement seules par leurs employeurs qui avaient fui la guerre. Sans argent, sans passeport. Terrorisées, elles n’avaient nulle part où aller. Sur la corniche de Beyrouth, face à la mer, elles se sont regroupées. Au milieu de ce drame, une femme souriait. Elle disait: ‘C’est la première fois que je vois la mer au Liban!’. Elle était si heureuse dans cette tragédie, si vivante ! C’est avec ces femmes, celles de la plage, d’autres aussi qui sont parvenues à se libérer du Kafala et militent depuis pour son abolition, que j’ai monté mon spectacle ». Un spectacle qui recrée un espace, réel et vivant, un espace de libération et de parole, d’actes et de corps. Un espace sublime et lumineux, malgré la douleur du parcours. Un espace qui persistera longtemps après qu’on ait quitté la salle de la FabricA où se jouait le spectacle.
Toujours en plein dans le monde arabe, les sœur et frère tunisiens Selma et Sofiane Ouissi portent au plateau un hommage dansé à la technique ancestrale des potières de la ville de Sejnane en Tunisie. Leur Laaroussa Quartet est un quatuor de gestes précis mimant ceux des potières, exécutés par des danseuses formées par le duo, vidéo des potières en écran de fond, violon dissonant et chants originaux, pour un ballet en force et sensibilité qui raconte ces femmes et leur résistance sublime. Et un espace se recrée alors, dans la même FabricA, celui de la complicité de ces femmes, celui d’un savoir ancestral, celui d’une rencontre, d’une fabrication. Celui d’un ailleurs, qui transporte le temps de ce quartet gesticulé certainement, mais avec douceur. Radouan Mriziga souhaitait quant à lui, avec Magec/The Desert, évoquer la force du désert marocain, dans les danses mêlant hip hop et contemporain de ses quatre interprètes: masques et objets folkloriques, une DJ masquée en fond de scène, effets IA sur lune dressée en surplomb de plateau, danses de groupe ou soli, un ensemble qui vaut le détour. Et puis, il y a le magistral Every-bodyknowswhat-tomorrow-brings-and-weallknow-what-happened-yesterday, du belgo-tunisien Mohamed Toubakri. Un spectacle qui invite l’arabe en mots, ceux de l’artiste tunisienne Essia Jaïbi, poésie réflexive projetée sur le mur de fond. Lui, Mohamed, performera une heure durant, glissant sans cesse de l’exigence de la danse classique à la liberté technique du hip hop. L’espace ouvert par ce spectacle hors norme, hors du temps, hors des frontières, invite à réfléchir à nos corps, qui disent l’identité, l’histoire, le lieu. Le tout enrobé de costumes simples mais évocateurs, invitant le spectateur dans un lieu que le danseur interroge par le corps.
Aujourd'hui et maintenant
L’espace-temps, c’est également une notion que Tiago Rodrigues, directeur du festival, proposait de scruter, inventer, interroger, à l’aune de nos crises planétaires, avec son touchant La Distance. La distance, c’est celle qui sépare un père - sublime Adama Diop, acteur fidèle du directeur- et sa fille de plateau - profonde Alison Dechamps. Tous les deux ne se comprennent plus, ou plus vraiment. Et ce n’est pas le gouffre entre la Terre, où est resté le père, et Mars, où a décidé de s’exiler la fille pour y mener une existence différente, réinventée, loin des délires du Monde, qui est à l’origine de cette distance. La distance est philosophiquement temporelle, entre un père tourné vers les souvenirs et une fille radicalement demandeuse d’un demain qui change, parfois au prix d’énormes sacrifices, ceux de ses souvenirs en particulier. Touchant, réflexif, déroutant dans ses interrogations, La Distance nous emmène loin et proche à la fois, sur le plateau tournant de la scénographie, sur le plateau tournant de nos sentiments face au monde et ses géographies de sensibles complexes.
Ce monde parfois immonde était le sujet d’un autre espace-temps, celui que Mette Ingvarsten propose avec son Delirious Night. Dans la cour du lycée Saint Joseph, ses danseurs affrontaient, sous les néons pseudo-guinguette et aux sons percussifs d’une batterie entêtante, une soirée qui s’étire entre débauches, extases et sentiments de peur, d’horreur. Et les spectateurs de voyager dans un espace de fête perdue - celui de notre contemporain ? - le temps suspendu du spectacle.
L'espace des temps
Mais le Festival d’Avignon ne serait rien sans ses espaces historiques. Retour dans le passé, en 1947, quand René Char et Christian Zervos proposent à Jean Vilar de mettre en scène Meurtre dans la cathédrale, de T.S. Eliott, dans la cour d’honneur du Palais des Papes, alors que Zervos, critique d’art, organiserait une exposition d’art moderne dans la chapelle du même palais. Palais des papes, meurtre en cathédrale. C'est trop pour Vilar qui accepte à moitié : il mettra en scène dans ce décor fastueux (et ô combien piégeux) la tragédie shakespearienne Richard II et La Terrasse de midi de Clavel. Le festival - appelé Semaine d’art en Avignon dans ses premiers temps - est né, vive le festival. Et vive cette cour d’honneur complexe, qui en a vu plus d’un se casser les dents sur la scénographie qu’elle impose. Mais, en réalité, la « Cour », c’est aussi un décorum. C’est faire la file devant un monument impressionnant. C’est se perdre dans les dédales des coursives des immenses gradins. C’est arriver à sa place, et être - que ce soit la première ou la vingtième fois - impressionné par ce décor d’Histoire et d’histoires. C’est avoir cette sensation de partage unique. Cette année, celle qui se collait la première à la Cour, ce fut Marlene Monteiro Freitas, avec son Nôt, inspiration (très très) libre des Contes de Mille et Une nuit. Un spectacle (qui semble) long et qui, nous glisse-t-on, fut raccourci durant ses représentations avignonnaises. Un spectacle, nous dit-on encore en off, qui aurait souffert du rabais des finances qui lui furent attribuées, le nombre de danseurs en scène étant réduit. Un spectacle qui présentait un pan de décor inutilisé, en fond de scène, laissant essentiellement l’avant-scène dans sa largeur être exploitée par les danseuses et danseurs à l’esthétique grandguignolesque et grimaçante reconnaissable de la chorégraphe. On attend impatiemment que tout soit rassemblé dans un espacetemps moins rituellement imposant pour profiter pleinement du déploiement de la qualité de travail de cette passionnante et foisonnante artiste cap-verdienne. Chez nous, ce sera l’été prochain.
Temps perdus
Puis quand on pense histoire du festival, on ne peut pas ne pas revenir sur un de ses slogans historiques : « La nuit, les pierres, le spectacle et le rêve ». Mais aujourd’hui, le rêve du présent est malheureusement devenu cauchemar, et au sein des pierres s’invitent les revendications des temps, les rêves sont souvent appel pressant d’un futur apaisé. Ainsi, dans cette même cour d’honneur, on a pu applaudir un hommage émouvant à la chanteuse Oum Kalthoum. La Voix des Femmes se voulait pont entre passé et présent, pour adoucir ce dernier des espoirs d’hier, ailleurs. Au cloitre des Carmes, c’est Le Procès Pelicot, qui a foudroyé la ville lorsqu’il se tenait en son tribunal, que Milo Rau adaptait en lecture au casting multiforme et brillant (Ariane Ascaride interprétait Gisèle Pelicot). Un moment suspendu et bouleversant qui tentait de perpétuer la volonté de Gisèle Pelicot, celle de faire changer la honte de camp, en montrant, disant, témoignant. Autre espace, celui hors des murs, hors de la ville, ce tiers-lieu investi de plus en plus au fil des ans par le festival et qui s’est réinventé, dans les fourrés, militant écologique avec l’adaptation du Prélude de Pan de Giono par Clara Hedouin (le spectacle avait été présenté en ouverture de saison du National à Marchin, l’an dernier, ndlr). Passer de l’espace des spectateurs à celui des témoins, des visionnaires du présent, des acteurs du futur, dire et redire et refaire pour que les temps demain soient changement. Voici, aussi, la force de l’espace-temps renouvelé de ce Festival d’Avignon et de ses champs de batailles de mots.
De temps en temps
Et puis, au Festival d’Avignon, il y a le temps. Le temps qui s’écoule, vite ou moins vite selon les affinités que l’on a avec le spectacle que l’on voit. Les aficionados pouvaient cette année découvrir ou redécouvrir les huit heures du Soulier de Satin, qui après avoir conquis la cour d’honneur en 1987 dans la mise en scène de Vitez, illuminait cette année la même cour, entracte toutes les heures et demie, dans la mise en scène « Comédie Française » d’Eric Ruf. De quoi traverser le Temps et les temps.
Des Temps qui cette année, pour une fois, se conjuguaient au même temps pour le IN et le OFF, ces deux derniers marchant main dans la main aux mêmes dates, filant tout le mois de juillet pareillement, du 5 au 26 pour être précise. Un presque mois où l’on pouvait ainsi courir d’un cloître à un minuscule théâtre, de la Cour d’honneur à la cour des Doms ou de la Manufacture. Le temps pour tous, spectacles sélectionnés du IN ou artistes (parfois) mercenaires du OFF, spectateurs en commun, était le même.
Les lieux belges
Et puis évidemment, dans le OFF, il y a cet espace-temps si particulier pour nous, les Belges. Le Théâtre des Doms. Un îlot de théâtre noir-jaune-rouge au pied du rocher du même nom, à flanc de palais. La vitrine à l’année de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) est en effet un fief, un navire nouvellement dirigé par Sandrine Bergot succédant à Alain Cofino Gomez. Sandrine souhaite imposer la présence du lieu à l’année, en partenariat avec les structures culturelles avignonnaises. Ancrer la belgitude en Avignon, la mâtinant de l’existant - on pense notamment à cette collaboration historique renouvelée avec l’AJMI. Pour ce qui était du festival de cette année, Sandrine a souhaité mélanger les temporalités, puisqu’elle a accueilli tant des créations toutes neuves que des spectacles qui ont déjà tourné en FWB, histoire de leur offrir une nouvelle vie, ailleurs, plus loin. Ainsi, on a pu (ré)appplaudir La Sœur de Jésus Christ (à guichet fermé dès le troisième jour), Fast (notre coup de cœur du festival, spectacle documenté, enlevé et habité sur la fast fashion), Annette, sa gouaille et son histoire de vie libre et libérée ou La Fracture, danse de vidéos familiales du corps, des mots et des dessins de Yasmina Yahiatène autour d’un alcoolisme paternel douloureusement mêlé de guerre d’Algérie.
Entre autres productions. Le Théâtre Episcène – autre fief noir-jaune-rouge dont on vous avait parlé dans un numéro précédent, ndlr - fédérait les foules autour de sa belgitude. S’y jouait notamment la délicate Cabane d’Alexandra Kollontaï et les décalés Lundis (de l’humour) Belge(s), succession chaque lundi de comiques différents du Plat Pays.
Mais Avignon, c’est enfin le manque de temps et de don d’ubiquité pour pouvoir tout voir. Et écrire un article sur Avignon, c’est le manque de temps et d’espace pour pouvoir parler de tout. On aurait voulu pouvoir s’épancher encore sur la carrière de Boulbon, site excentré et magique, exploité depuis l’historique Mahabharata de Peter Brook (1985), écrin cette année du Brel de Solal Mariotte et Anne Teresa De Keersmaeker (ATDK). Le lieu imprimait ses courbes et ses pierres acérées aux projections du Nord de notre mer, embrassées par la danse des deux interprètes pantomimiques. On aurait voulu dire les rires qui suspendaient le temps pour le public, têtes blondes et lunettes de vue confondues, deux temps qui n’en faisaient plus qu’un devant le génial Fusées de Jeanne Candel, notre coup de cœur du IN. Un spectacle tout public, deux cosmonautes, une intelligence artificielle en chair et en os, une pianiste et… beaucoup plus. On aurait voulu pouvoir transmettre le sublime hommage/ règlement de comptes jubilatoire et ultra-sensible de Mohamed El Khatib et Israel Galvan à leurs pères – Israel et Mohamed. Tour de force, suspens de temps au cloître des Carmes, incursion de l’Andalousie et du Maghreb, humour corrosif (Mohamed) et virtuosité grimaço-dansée (Israel) pour une heure et demie de spectacle sur le fil des émotions. On aurait voulu raconter cette Lettre de Milo Rau, tournant son histoire, oscillant entre passé et présent, réalité et fiction, de village en village en décentralisation hors Avignon.
On aurait aussi voulu souligner que le temps peut s’effacer, même et peut-être surtout devant du théâtre documentaire, des deux heures trente du brillant Affaires Familiales d’Emilie Rousset, condensé de douleurs du monde judiciaire quand il doit défendre les délicates affaires, incestes, enlèvements d’enfants, adoptions par couple homosexuel, refus de rapports dans un couple… On aurait adoré dire le voyage mordant du duo Jans et Lander avec Coin Operated, mini-bout de soirée en chevauchée chorégraphiée sur deux canassons de manège blanc immaculé, mis en mouvement par les euros glissés par les spectateurs dans le monnayeur. On aurait voulu être là encore et partout où nous n’avons pas pu. On aurait voulu pouvoir raconter tout ça et plus encore.
Mais si c’était justement ça, Avignon et son festival ? Un temps et un espace particuliers, qui en concentrent mille et mille encore, d’espaces et de temps. Tant et si bien qu’il est ce que le théâtre est le plus, un temps et un espace qui se diffractent, en autant de spectateurs et d’expériences, en autant de chemins de visionnage, de sensations et d’émotions. Parce que vivre Avignon, c’est une aventure multiple, qui explose la réalité en prisme de sensations… qui durent longtemps et ailleurs après que le rideau se baisse sur la dernière édition. Et qui pousse à envisager autrement l’espace et le temps. Ce qui nous fait dire : Avignon est terminé, vive(ment) Avignon 80e moisson. Pour (encore) plus d’espaces et de temps, forcément!
Prospero New
Le 13 juillet, en amont du spectacle Mami, soutenu par le réseau et qui se jouera à Liège durant cette saison, se déroulait à Avignon la conférence de presse du réseau Prospero New (New European Wave), anciennement Prospero (fondé en 2006). Tiago Rodrigues, directeur du Festival, et Serge Rangoni, directeur du Théâtre de Liège, présidaient cette dernière. Le Festival d’Avignon rejoint le réseau, dans un souci d’efficacité renforcée. En effet, intégrer à la structure des événements internationaux et ouverts tels les festivals ne peut qu’être bénéfique à la circulation des spectacles. Le réseau est soutenu par la Commission européenne jusqu’en 2028 et compte 19 théâtres et festivals européens. L’objectif affirmé de la structure est de soutenir, en diffusions, coproductions, résidences et mentorats, jusqu’à 200 artistes européens. Y participent : le Théâtre de Liège (à la coordination), le Festival Temorada Alta (Espagne), le Centre culturel de Belem (Portugal), l’Ivan Zajc Croatian National Theatre (Croatie), le Dublin Theatre Festival (Irlande), l’Emilia Romagna Teatro Fondazione (Italie), le Göteborg Dance and Theatre Festival (Suède), le Festival d’Avignon (France), l’Ivan Franko National Academic Drama Theatre (Ukraine), l’Ivan Kaunas National Drama Theatre (Lituanie), le National Theatre Prague (République Tchèque), le NT Gent (Belgique), l’Onassis Stegi (Grèce), le Powszechny Theatre (Pologne), la Schaubühne am Lehniner Platz (Allemagne), le Sibiu International Theatre Festival (Roumanie), le Tbilisi International Theatre Festival (Georgie) et le Wiener Festwochen (Autriche). Autant de pays et de structures pour faire rayonner l’art et agrandir les territoires et les temporalités.
Article écrit par Isabelle Plumhans pour la Revue W+B n°169.
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Le cinéma belge francophone était présent au Festival LGBTIQA+ Movilh avec le film Amal, de Jawad Rhalib, couronné meilleur long-métrage par le public, à Santiago (Chili). La présence de ce film au festival a été rendue possible grâce à la Représentation Wallonie-Bruxelles au Chili, qui l’a présenté lors de la cérémonie d’ouverture.
Le cinéma belge francophone était présent au Festival LGBTIQA+ Movilh avec le film Amal, de Jawad Rhalib, couronné meilleur long-métrage par le public, à Santiago (Chili). La présence de ce film au festival a été rendue possible grâce à la Représentation Wallonie-Bruxelles au Chili, qui l’a présenté lors de la cérémonie d’ouverture.
Pour sa XVIIe édition, 34 films en provenance de 8 pays ont été présentés entre le 7 et 12 octobre au Centre Culturel de l’Espagne et la Cinémathèque nationale du Chili.
Le film Amal de Jawad Rhalib porte sur l’impact du fanatisme religieux dans l’éducation laïque. Il raconte l'histoire d'une professeure de lycée et d'une élève soupçonnée d'être lesbienne, qui subit des harcèlements physiques, verbaux et cybernétiques de la part de membres de leur communauté éducative influencés par un islam radicalisé dans un lycée bruxellois.
Ce long métrage aborde avec sensibilité les questions d’identité, d’acceptation et de droits LGBTIQA+. Amal témoigne non seulement de la richesse du cinéma francophone belge, mais aussi de son engagement en faveur de la diversité et des droits humains. L’obtention du prix du public comme meilleur long métrage au festival Movilh en est une belle preuve !
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La Wallonie était présente en force à Lyon (France) dans le cadre du salon Pollutec 2025. Ce rendez-vous incontournable pour les sociétés actives dans le domaine environnemental et écologique a attiré la grande foule.
La Wallonie était présente en force à Lyon (France) dans le cadre du salon Pollutec 2025. Ce rendez-vous incontournable pour les sociétés actives dans le domaine environnemental et écologique a attiré la grande foule.
Grâce au soutien de l’AWEX, l’Agence wallonne à l’exportation et aux investissements étrangers, et à son bureau de Lyon, ainsi qu’avec le concours de Wallonie-Bruxelles International, le Cluster wallon H2O et le pôle GreenWin, plus de 60 acteurs wallons avaient fait le déplacement pour mettre en avant leurs solutions innovantes dans le domaine de l’eau et de l’économie circulaire. Parmi ces acteurs wallons, pointons deux spin-offs de l’Université de Namur : les entreprises E-Biom et Traqua. Leur particularité ? Elles sont toutes les deux issues d’un même Institut, l’ILEE, l’Institute of Life, Earth and Environment de l’UNamur !
Si Traqua s‘intéresse à l’hydrogéologie, de son côté E-Biom a développé son expertise dans le domaine de la biodiversité environnementale.
« Nous sommes là pour montrer que la biodiversité peut être mesurée, suivie, et même valorisée au même titre que le carbone », explique Jonathan Marescaux, biologiste et cofondateur d’E-Biom. « Et cela, grâce à des méthodes robustes, issues de la génétique. »
Une technologie née en université et arrivée à maturité
C’est en 2019, après trois années de recherche dans le cadre du programme First Spin-Off de la Région wallonne, que la société a été officiellement lancée. L’idée est novatrice : au lieu d’observer ou de capturer des espèces pour mesurer la biodiversité d’un site, E-Biom propose d’en extraire l’ADN laissé dans l’environnement comme dans des échantillons d’eau, de sol, d’air, ou même de miel, pour en évaluer la richesse.
« C’est un peu comme ce que fait la police scientifique, sauf qu’on ne cherche pas de traces humaines, mais celles laissées par les poissons, les amphibiens, les bactéries ou les plantes », détaille le Dr Marescaux.
Installée au parc Crealys (près de Namur), l’entreprise dispose aujourd’hui de 240 m² de laboratoires entièrement dédiés à la génétique environnementale. C’est là que toutes ses analyses sont réalisées.
L’entreprise développe trois axes de travail : le suivi de la biodiversité, la détection de pathogènes dans l’environnement (via une approche "One Health"), et le contrôle de l’environnement industriel. Dans ce dernier cas, il s’agit par exemple de détecter rapidement la présence de bactéries ou de pathogènes indésirables lors de la préparation de produits alimentaires par exemple. On pense notamment aux secteurs brassicole et agroalimentaire.
La pandémie: un défi pour la jeune entreprise
Les débuts d’E-Biom ont été marqués par la pandémie de Covid. Un événement qui a paralysé l’économie. Pour la jeune entreprise, cela a plutôt été une opportunité de se diversifier. Sollicitée par la Société publique de gestion des eaux, on lui a demandé si elle était capable de repérer des traces du coronavirus dans les eaux usées. Après tout, elle savait déjà retrouver de l’ADN de grenouille dans une mare… Le défi a été relevé de manière éclatante. Cette reconnaissance scientifique lui a permis ensuite d’accélérer sa croissance.
« Ça a été un moment décisif pour la crédibilité de notre technologie. On a prouvé que nos analyses étaient fiables, reproductibles, et utiles à la prise de décision publique », commente Jonathan Marescaux.
Objectiver les décisions écologiques
L’ADN n’est qu’un point de départ. L’ambition d’E-Biom est plus large : fournir des outils et des indicateurs concrets pour aider entreprises et pouvoirs publics à prendre des décisions éclairées sur le plan environnemental.
« Il faut sortir du flou. Dire qu’on va planter une haie pour la biodiversité, c’est bien. Mais est-ce réellement utile ? Est-ce mesurable ? », interroge Jonathan Marescaux. « Notre rôle, c’est d’objectiver ces choix par des analyses scientifiques. »
L’entreprise se positionne ainsi comme un partenaire stratégique, capable de transformer des ambitions écologiques en plans d’action précis et quantifiables, que ce soit dans des projets immobiliers, industriels ou territoriaux.
Un duo à la tête de la croissance
À la direction, deux profils complémentaires se partagent les rôles. Jonathan Marescaux, issu du monde académique, apporte la vision scientifique. Véronique Pire pilote la structuration de l’entreprise et son développement commercial.
« J’ai été la première non-scientifique de l’équipe », explique-t-elle. « Mon objectif est d’amener une vision corporate, de structurer notre offre, de déployer notre présence à l’international. »
Aujourd’hui, E-Biom emploie une dizaine de personnes et s’appuie sur un modèle d’ambassadeurs free lances en France, en Flandre ou aux Pays-Bas, pour se développer.
En seulement quelques années, la France est devenue le premier marché étranger d’E-Biom, représentant près de 50 % de son chiffre d’affaires. L’entreprise y collabore avec de grands groupes comme EDF, Chanel, Veolia ou encore des cabinets de conseil en écologie.
Mais la croissance dépasse les frontières européennes. Des missions sont en cours en Guyane française, sur le suivi de rivières tropicales, ainsi qu’en Guinée et au Cameroun.
La technologie et le savoir-faire en matière de conseil de la spin-off séduisent plus loin encore. Des discussions sont en cours au Brésil. L’Afrique du Sud est également au menu où des projets d’envergure exigent un haut niveau d’expertise environnementale. Il en va de même pour le Moyen-Orient où les grands projets urbains intègrent de plus en plus les enjeux écologiques.
« Ce sont des marchés où la composante environnementale devient incontournable. On veut y être présents, mais cela nécessite une vraie stratégie et des relais locaux », souligne Véronique Pire.
Le soutien de l’AWEX (l’Agence wallonne à l’exportation) est mobilisé pour accompagner cette croissance. La société reste en lien étroit avec les clusters environnementaux wallons (Greenwin mais aussi H2O, également présents à Pollutec) et souhaite continuer à s’appuyer sur les dispositifs régionaux pour accélérer son déploiement.
Construire le territoire de demain à Chênée
En Wallonie, son expertise séduit aussi. A Chênée, par exemple, E-Biom participe, pour le compte d’un bureau d’architectes, à l’élaboration d’un projet visant à "renaturer" un tronçon de la vallée de la Vesdre, lourdement touchée par les inondations de 2021. Il s’agit de transformer une friche industrielle en un parc inondable et en une zone humide, avec la création d’une passerelle, d’un mobi-pôle et d’aménagements divers.
Une approche qui conjugue écologie et développement
Avec une méthode scientifique rigoureuse, un modèle économique agile et une stratégie tournée vers l’international, E-Biom s’impose comme un acteur de la transition écologique. À rebours des discours idéologiques, l’entreprise prône une écologie objectivée, mesurable et compatible avec les enjeux économiques.
« Notre but, c’est de rendre les projets de nos clients meilleurs, plus respectueux de la biodiversité, et de permettre aux entreprises de faire mieux, pas de faire moins », conclut Jonathan Marescaux.
Cet article est écrit par Christian Du Brulle pour la plateforme Daily Science.
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La Représentation Wallonie-Bruxelles au Chili et l’Université Diego Portales ont inauguré le 29 septembre à Santiago l’exposition « Miradas sobre Santiago », offrant trois regards internationaux sur la capitale chilienne à travers l’architecture, la photographie et la reconversion des infrastructures urbaines.
La Représentation Wallonie-Bruxelles au Chili et l’Université Diego Portales ont inauguré le 29 septembre à Santiago l’exposition « Miradas sobre Santiago », offrant trois regards internationaux sur la capitale chilienne à travers l’architecture, la photographie et la reconversion des infrastructures urbaines.
L’exposition présente trois projets majeurs : RE: Santiago: Redescripción y Reorganización, avec des travaux d’étudiants de l’Université Torcuato Di Tella de Buenos Aires (Argentine) portant sur la reconfiguration de bâtiments du centre-ville ; Analogue Images, une série de vingt photographies de l’artiste belge Maxime Delvaux et de Rory Gardiner, et Contra la Tabula Rasa: Ex-Fábrica Induslever, un projet audiovisuel d’étudiants de l’Université Diego Portales (Santiago, Chile) en architecture sur la transformation d’une ancienne usine de Quinta Normal en futur quartier résidentiel. L’exposition « Analogue Images » et la présence de Maxime Delvaux à cette occasion est permis grâce à l’appui de Wallonie-Bruxelles Architectures.
L’exposition, intégrée à la Biennale d’Architecture et d’Urbanisme du Chili, propose un approfondissement des réflexions sur la ville, les infrastructures et l’aménagement urbain, avec des activités et dialogues au mois d’octobre.
La journée d’inauguration a été marquée par les interventions d’Alejandro Martínez, directeur du programme Archivos y Cultura, et d’Alejandra Celedón, doyenne de la Faculté d’Architecture, d’Art et de Design (FAAD).
Le 2 octobre, une table ronde animée par le commissaire de l’exposition Urtzi Grau (Espagne) avec la participation de Maxime Delvaux, Cristóbal Palma (Chili) et Javier Agustín Rojas (Argentine), a permis de prolonger la réflexion. Environ 125 personnes ont participé à cette conférence, ce qui a permis une belle visibilité de l’exposition.
La journée s’est conclue par un cocktail convivial célébrant les fêtes de Wallonie et de la Fédération Wallonie-Bruxelles : par ailleurs premières célébrations pour la nouvelle représentante Wallonie-Bruxelles, Martine Leclercq.
Le studio d’architecture belgo-argentin Giusto Van Campenhout participe également à la biennale et a proposé une conférence lors de la journée de clôture le dimanche 5 octobre.
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L'édition anniversaire du Choix Goncourt de la Belgique célèbre ses dix ans d'existence avec un événement exceptionnel qui s'ouvrira le 28 octobre 2025 à 20h chez Passa Porta.
Ce prix littéraire étudiant unique fait entendre la voix de la jeunesse belge dans le monde littéraire francophone.
Depuis 2016, Le Choix Goncourt de la Belgique réunit chaque année près de 250 étudiantes et étudiants néerlandophones et francophones issus de 18 universités et hautes écoles belges.
À rebours des prix traditionnels, ces jeunes jurés débattent, confrontent leurs lectures et désignent leur lauréat ou lauréate parmi les huit ouvrages de la deuxième sélection de l'Académie Goncourt.
Un programme exceptionnel pour l'édition anniversaire
La soirée de lancement mettra à l'honneur Christine Angot, membre de l'Académie Goncourt, et Philippe Claudel, président de l'Académie Goncourt. Cette soirée exceptionnelle sera consacrée aux coulisses du Goncourt et au rôle de juré d'un grand prix littéraire, offrant un regard privilégié sur l'un des prix littéraires les plus médiatisés.
Le processus de sélection se poursuivra avec la réunion du jury national le 11 décembre au siège bruxellois de l'Agence universitaire de la Francophonie – Europe occidentale pour désigner la lauréate ou le lauréat. Le résultat sera annoncé le jour même.
En mars 2026, la lauréate ou le lauréat sera invité à la résidence de France, à l'occasion du mois de la Francophonie, pour la remise du prix par M. Xavier Lapeyre de Cabanes, ambassadeur de France en Belgique.
Un palmarès remarquable sur dix ans
Le Choix Goncourt de la Belgique a distingué des œuvres et auteurs de premier plan depuis sa création, témoignant de la pertinence et de la qualité des choix étudiants. Parmi les lauréats figurent Catherine Cusset, Alice Zeniter, Adeline Dieudonné, Santiago Amigorena, Hervé Le Tellier, Louis-Philippe Dalembert, Giuliano da Empoli, Neige Sinno et Abdellah Taïa. Cette initiative originale est organisée par l'ambassade de France en Belgique, la direction de l'Agence universitaire de la Francophonie – Europe occidentale, l'Alliance Française de Bruxelles-Europe et Passa Porta, la maison internationale des littératures de Bruxelles, avec le soutien de l'Académie Goncourt.
Cette édition anniversaire représente une occasion unique de célébrer une décennie de promotion de la littérature de langue française auprès des étudiants et de reconnaissance de leur voix dans le paysage littéraire francophone.
Lien vers l’événement :
https://www.passaporta.be/fr/calendrier/dans-les-coulisses-du-goncourt-…