L’héritage minier belge, japonais et taiwanais à l'Exposition universelle d'Osaka
De retour au Japon, l’artiste belge Dimitri Piot a jeté un extraordinaire pont culturel entre l’Europe et l’Asie en participant à deux événements majeurs s’intéressant à l’héritage commun de l’exploitation du charbon. Une table ronde internationale sur le Pavillon Belge de l’Exposition Universelle 2025 à Osaka et le lancement de son exposition conjointe avec l’artiste japonais Sakubei Yamamoto à Tagawa, préfecture de Fukuoka dans le sud du Japon.
Du patrimoine à la transition : repenser l’héritage de l’exploitation minière du charbon à travers les cultures
Organisée par Wallonie-Bruxelles International (WBI) et l’Agence wallonne à l’Exportation et aux Investissements étrangers (AWEX), cette table ronde a réuni le 29 août des intervenants du Japon, de Taïwan et de Belgique. Ensemble, ils ont exploré la façon dont l’exploitation du charbon, autrefois pierre angulaire angulaire de la modernisation industrielle en Europe comme en Asie, continue de façonner la mémoire, l’identité et même les débats sur le développement durable aujourd’hui.
Claire Ghyselen, conseillère économique et commerciale pour la Région wallonne à l’ambassade de Belgique à Tokyo et Kiyoshi Kobayashi, surintendant de l’éducation pour la ville de Tagawa ont ouvert la discussion. Le professeur Hideo Nakazawa de l’université Sophia, a poursuivi en s’interrogeant sur la raison qui pousse à considérer encore aujourd’hui, l’exploitation du charbon comme un « langage universel de solidarité ».
La conservatrice Kazumi Asagarasu a présenté l’histoire de l’exploitation du charbon à Tagawa et le travail de son Musée historique des mines de charbon de la Ville de Tagawa. Emi Ogata, petite-fille de Yamamoto Sakubei, a évoqué la mission que s’était donnée son grand-père de laisser un témoignage pictural pour les générations futures.
David Gong, directeur du musée de la mine de charbon de XinPingXi, et le professeur Wang Hsin-Heng de l’Université Yuntech à Taïwan ont, quant à eux, mis l’accent sur le développement durable et la coopération internationale dans le travail de conservation patrimoniale des anciennes mines de charbon.
Dimitri Piot a lui-même parlé de la « connexion invisible » qu’il a ressentie avec Yamamoto Sakubei, retraçant son parcours personnel depuis la découverte des œuvres de Yamamoto en ligne en 2010 jusqu’à l’élaboration d’un roman graphique consacré aux mineurs de charbon en Belgique, à Taïwan et au Japon.
Cette table-ronde était animée par Philippe Tzou du bureau de l’AWEX/WBI à Taipei qui suit ce dialogue culturel, mémoriel et artistique depuis ses débuts.
L’Exposition « Sakubei Yamamoto / Dimitri Piot – La connexion invisible »
Cette table ronde n’a pas seulement examiné le patrimoine culturel partagé, mais aussi donné le ton de l’exposition qui a suivi à Tagawa. Le 2 septembre, le Musée historique des mines de charbon de la Ville de Tagawa a ouvert «Sakubei Yamamoto / Dimitri Piot – La connexion invisible», qui se tient jusqu’au 28 septembre 2025. L’exposition présente 38 œuvres, organisées en 19 diptyques, chacun composé d’une œuvre de Yamamoto et d’une de Piot. Cette scénographie souligne les liens entre les peintures de Yamamoto, qui documentent le quotidien des mineurs dans le bassin houiller de Chikuhō, et les œuvres de Piot, inspirées par son prédécesseur japonais et représentant des mineurs de charbon en Belgique et au-delà.
Lors de la cérémonie d’ouverture, Dimitri Piot s’est adressé au public en japonais, exprimant sa profonde émotion à l’idée de partager un travail inspiré par Yamamoto. Les visiteurs frappés par les résonances et les différences culturelles ont par exemple découvert la représentation par Yamamoto de mineurs se baignant dans de grands bains collectifs contrastant avec la représentation par Piot de travailleurs se douchant individuellement. Les représentations de femmes triant le charbon, de chevaux travaillant sous terre et de scènes de la vie domestique, le tout vu à travers deux perspectives culturelles distinctes marquent aussi les esprits.
L’exposition laisse émerger les liens invisibles, mais profondément ressentis, entre deux régions séparées par des océans, mais unies par l’héritage de l’exploitation du charbon. Les œuvres de Yamamoto, inscrites à la Mémoire du monde de l’UNESCO, documentent avec authenticité la réalité à la fois dure et humaine de la vie dans les mines. Les interprétations de Piot, à leur tour, rendent hommage tout en ouvrant de nouvelles voies de dialogue entre le passé et le présent, l’Orient et l’Occident.
Un voyage à travers la mémoire et les cultures
Si le charbon a quasi disparu en tant que source d’énergie, les histoires humaines que son exploitation a provoquées, restent vivantes et continuent de favoriser la solidarité entre les cultures. Ensemble, la table ronde d’Osaka et l’exposition de Tagawa illustrent comment l’échange culturel peut honorer l’histoire tout en inspirant une nouvelle création artistique. À travers l’art et le dialogue, la mémoire n’est pas seulement préservée, mais aussi réinventée pour les générations futures.