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Droits des personnes intersexes: une avancée majeure vers la reconnaissance et la protection

27/11/2025
Drapeau de la fierté intersexe
Drapeau de la fierté intersexe

Les personnes intersexes, c’est-à-dire celles dont les caractéristiques sexuelles (chromosomes, hormones, organes reproducteurs ou anatomie) ne correspondent pas strictement aux catégories "masculin" ou "féminin", sont longtemps restées invisibles dans les débats publics. Pourtant, comme le rappellent plusieurs organisations, dont PraTIQ en Fédération Wallonie-Bruxelles, l’intersexuation est une réalité naturelle et bien plus fréquente qu’on ne le pense. Aujourd’hui, grâce à un mouvement international, leurs droits font l’objet d’une attention croissante.

Un constat préoccupant : discriminations et violences persistantes

Un rapport présenté lors de la 60ᵉ session du Conseil des droits de l'homme des Nations unies dresse un état des lieux alarmant. Les personnes intersexes subissent encore des formes graves de violence :

  • interventions médicales non nécessaires réalisées sans leur consentement
  • harcèlement et agressions physiques ou sexuelles
  • discriminations à l’école, au travail, dans les soins de santé
  • obstacles à l’accès à la justice

Selon des enquêtes menées en Europe et en Amérique latine, jusqu’à un tiers des personnes intersexes déclarent avoir subi violences ou mauvais traitements liés à leurs caractéristiques sexuelles. Ces pratiques s’enracinent souvent dans les stéréotypes, la méconnaissance et le tabou qui entourent encore l’intersexuation.

Des progrès dans le monde : lois, éducation et participation

Malgré les défis, plusieurs pays montrent la voie. Le rapport onusien met en lumière des "pratiques prometteuses" déjà en œuvre dans différentes régions du monde, parmi lesquelles :

La lutte contre la violence et les discours de haine

Des États comme la Belgique, l’Afrique du Sud, l’Islande ou la Grèce ont introduit des lois protégeant explicitement les personnes intersexes contre les actes ou propos haineux.

L’interdiction des interventions médicales non consenties

Six pays du Conseil de l’Europe ont franchi une étape importante : interdire les opérations dites de "normalisation" sur les enfants intersexes lorsqu’elles ne sont pas médicalement urgentes. Ces interventions sont désormais reconnues comme des atteintes graves aux droits humains.

La formation des professionnels

Le rapport insiste sur la nécessité de former le personnel de santé, les enseignants ou encore les fonctionnaires afin de garantir un accueil respectueux et informé des personnes intersexes.

La participation directe des personnes concernées

La création de politiques réellement adaptées passe par l’implication active des personnes intersexes et de leurs organisations, dans l’élaboration des lois ou des protocoles médicaux.

Ces avancées montrent que le changement est possible lorsqu’il repose sur l’écoute et le respect des droits fondamentaux 

Une recommandation historique du Conseil de l’Europe

En octobre 2025, le Conseil de l’Europe a adopté un instrument inédit : la première recommandation internationale consacrée entièrement aux droits des personnes intersexes. Celle-ci propose une véritable feuille de route pour les États membres, notamment pour :

  • interdire les interventions médicales non nécessaires et pratiquées sans consentement éclairé
  • renforcer les recours juridiques
  • intégrer les caractéristiques sexuelles dans les lois anti-discrimination et les législations sur les crimes de haine
  • soutenir les associations intersexes et les impliquer dans les décisions publiques

Des enjeux cruciaux pour les prochaines années

Le Conseil de l’Europe prépare également sa stratégie LGBTI 2027-2032, qui intégrera des objectifs forts concernant l’égalité intersexe : lutte contre la violence, meilleure information du public, renforcement des cadres légaux.

En Belgique, la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Wallonie soutiennent des associations comme PraTIQ afin de renforcer la visibilité et les droits des personnes intersexes. Car malgré les avancées internationales, de nombreux obstacles subsistent : manque d’information, stigmatisation, interventions médicales injustifiées, faiblesse des recours pour les victimes.

Vers une société plus inclusive

Reconnaître et protéger les droits des personnes intersexes, c’est affirmer un principe simple : chaque personne doit pouvoir vivre dans la dignité, sans violence ni discrimination. Les recommandations internationales, les campagnes de sensibilisation et l’engagement des associations ouvrent la voie à une plus grande justice.

Mais la transformation réelle dépendra de l’adoption de lois nationales ambitieuses, de la formation des professionnels, et surtout de l’écoute des personnes intersexes elles-mêmes.