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TSILOGIANNIS Adrien

Portrait d'Adrien Tsilogiannis - cliquer pour agrandir

Né en 1982 à Bruxelles, Adrien Tsilogiannis est compositeur et violoncelliste, ainsi que professeur de Violoncelle et de Formation Musicale aux Académies de Schaerbeek et d'Etterbeek.

A côté de son parcours d'instrumentiste et de pédagogue, Adrien Tsilogiannis obtient son diplôme de Master de composition et d’orchestration auprès de Daniel Capelletti en 2010. Et en 2014, il reçoit un diplôme de Master complémentaire de composition auprès de Peter Swinnen, compositeur et directeur du Koninklijk Conservatorium Brussel.

Adrien est lauréat du Forum international des Jeunes Compositeurs TACTUS (2011) et lauréat de la Fondation SPES (2012).

Site internet : www.adrientsilogiannis.com
 


IRRUPTIONS, ERUPTIONS, INTERRUPTIONS, Opus 23 (2014)

Pour quintette [2 violons, alto, violoncelle, contrebasse]

De l'acte pictural et poétique vers l'imaginaire sonore

Un lieu, une magie, un mystère :  l'Île de Comacina. Tout pouvait commencer.

C'est en découvrant l'œuvre du peintre et poète belge, Christian Dotremont (1922-1979), célèbre pour ses logogrammes, que l'idée m'est venue de composer ce quintette pour deux violons, alto, violoncelle et contrebasse.

Ce sont les logogrammes qui ont éveillé toute ma curiosité. Ils sont l'invention d'un homme qui a senti la nécessité de faire naître par son intarissable quête, un territoire inouï d'exploration, un monde de magie, d'alchimie, dans un entre-deux artistique, aux frontières entre l'espace textuel et pictural.

Ch. Dotremont décrit le logogramme comme suit (Logbook, 1974) : "les logogrammes sont des manuscrits de premier jet : le texte, non préétabli, est tracé avec une extrême spontanéité, sans souci des proportions, de la régularité ordinaire, [...] et donc sans souci de lisibilité; mais le texte est, après coup, retracé, sous le logogramme, en très petites lettres lisibles, calligraphiques."

Ainsi, les logogrammes, symboles unificateurs de l'acte pictural et poétique ont été une source d'émerveillement face aux splendeurs des tracés d'encre. Les traits, denses ou plus raffinés, sous la pression du pinceau exercée au rythme du corps de l'artiste, sont comme des ondes qui parcourent la page, donnent vie et énergie, vont tantôt jusqu'à la densification, tantôt jusqu'à la raréfaction, laissant s'imposer brusquement ou progressivement la beauté du vide. Comment peut-on rester insensible face à de tels jeux et nœuds d'encre ?

Tandis que j'étais en contemplation, la musique se faisait entendre, prenant forme en une seule grande vague, trame musicale qui s'articule en trois grands cycles. Le lien intime entre, d'une part ma constante réflexion sur les multiples facettes et combinaisons de timbres, le déploiement d'énergie, de mystère et d'autre part, le geste organique, brusque, dynamique, tournoyant, rythmé de l'artiste peintre-poète, confère à l'œuvre ses principales caractéristiques et enjeux : les lignes transparentes brisées par des apparitions soudaines, marquantes, saisissantes, des zones troubles; la lente progression vers une force explosive, exagérée par la puissance des jets; et des ondes murmurantes, ça et là interrompues provisoirement par un geste vertical.

Le titre de l'œuvre est tiré d'un logogramme de Ch. Dotremont : "irruptions interruptions éruptions : le langage tel quel" (1972).