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La scène belge francophone en Avignon

L'entrée du Théâtre des Doms - cliquer pour agrandir
(c) J. Van Belle - WBI
Le Festival d'Avignon est l'événement de l'année pour le théâtre francophone. Cette 68ème édition est à retenir pour le théâtre wallon et bruxellois, dont la production fut extrêmement bien représentée en terre des papes.

Si Fabrice Murgia a porté haut nos couleurs dans le In, bon nombre d'autres compagnies ont pu démontrer, dans le Off, toute l'étendue de leur talent. Le Théâtre des Doms - la vitrine Sud de la création théâtrale de Wallonie-Bruxelles - a, pour sa part, connu une saison et une visibilité exceptionnelles, propices à la mise en marché de nos compagnies. Petit tour d'horizon.
 

Dans le chaudron d'Avignon

Malgré l'adversité - orages à répétition, menaces de grève -, le vénérable festival et son pendant pléthorique le Off ont bouillonné avec ardeur. Avec une présence remarquée des artistes de la Fédération Wallonie-Bruxelles, qu'aimante toujours la cité des papes.
 
Le souvenir de 2003 pesait sur les esprits quand, dès le printemps, la réforme annoncée du régime d'assurance-chômage pour les travailleurs intermittents - donc ceux du spectacle - incita ceux-ci à se liguer, résister et faire front. Le Festival d'Avignon 2014 allait-il être annulé, comme onze ans plus tôt, lorsque la Compagnie Arsenic, programmée dans le In, avait dû rentrer au pays?
 
Le premier festival d'Olivier Py, et 68ème du nom, s'il fut chahuté par les grèves et les orages, a bien eu lieu. Soulagement général. Et particulier, car la Fédération Wallonie-Bruxelles y présentait la création de Fabrice Murgia Notre peur de n'être (Compagnie Artara), une parmi d'autres coproductions du Théâtre National à l'affiche du In.
 

In et Off ensemble

A l'issue de la première, le 21 juillet au gymnase Aubanel, le jeune metteur en scène belge francophone convia sur le plateau ses nombreux compatriotes présents à Avignon, In et Off confondus. Comédiens, metteurs en scène, régisseurs, danseurs, chorégraphes..., ensemble, titulaires - ou non - du statut d'artiste en Fédération Wallonie-Bruxelles, ils affirmèrent leur solidarité envers la résistance organisée des intermittents du spectacle français. Une mobilisation remarquée.
 
Autant que furent remarqués moult projets estampillés "WB" présentés au festival cette année. Avec bien sûr en tête de pont la "vitrine Sud de la création contemporaine en Belgique francophone", alias le Théâtre des Doms.
 
La directrice Isabelle Jans et son équipe poursuivent la mission élaborée dès la fondation du lieu en 2002: contribuer au rayonnement de "nos" artistes, dans l'ensemble des disciplines scéniques, par la promotion et la diffusion de leurs projets. Recevant plus de 100 candidatures (140 cette année) parmi lesquelles ils sélectionnent 9 spectacles emblématiques, singuliers dans leurs propositions et formant un tout cohérent, les Doms sont devenus en Avignon une scène de référence. Et leur réputation un sésame, souvent, pour ceux qui s'y produisent.
 

Sans concession

Dans le bilan de leur 13ème festival, les Doms s'affirment "heureux de constater que l'on peut plaire avec des spectacles riches de sens pour une programmation sans concession". La fréquentation, en hausse d'une quinzaine de pourcents,et la curiosité des professionnels, font que "les compagnies rentrent avec un beau potentiel de tournées à concrétiser". "En dix ans, les compagnies programmées ont pu signer environ 3750 représentations suite à leur passage aux Doms", relève la directrice, non sans fierté.
 
Du théâtre pur (le glaçant Blackbird de David Harrower par le Collectif Impakt, le pluvieux et décalé Et avec sa queue, il frappe! de Thomas Gunzig interprété par Alexendre Trocki) à la danse en dérapage (Mas-sacre de Maria Clara Villa-Lobos), des marionnettes tout public (Silence du Night Shop Théâtre) à la science-fiction bricolée (l'hilarant System Failure de Leslie Mannès), jusqu'au cirque (Solo Due par les Argonautes, Cordes d'Alexis Rouvre), au jeune public (Poids Plume de la Compagnie Alula) et à la musique (Kind of Pink - la face cachée de Pink Floyd par Philippe Laloy), le panel est large, à l'instar de la variété qui prévaut sur les scènes de Bruxelles et de Wallonie.
 

Marché concurrentiel

Variée, la présence belge francophone l'est aussi ailleurs dans le Off. Où il s'agit de se faire une place parmi plus de 1300 spectacles à l'affiche cette année. Rude concurrence dans un univers où le moindre créneau de programmation se paie. Et sur un marché où les artistes espèrent - en reconnaissance, en contacts, voire en contrats et tournée futures - un retour sur investissement consenti, souvent considérable tant en énergie qu'en argent.
 
Nombreux sont ceux qui cependant ont sauté le pas et pris le chemin de la cité des papes cet été. On épinglera le Zoo Théâtre de Françoise Bloch avec le très recommandable et impertinent Money! (nominé dans la catégorie du Meilleur spectacle aux Prix de la Critique 2013-2014) à la Manufacture. On notera que s'y retrouvait à 18h25 le comédien Jérôme de Falloise, quelques heures après qu'il eut joué dans Blackbird aux Doms - et ainsi chaque jour. Même double régime sur le mode du "service coupé" pour Sébastien Jacobs, interprète avec Erika Zueneli du délicieux Tant'amati (nominé lui dans la catégorie du Meilleur spectacle de danse), pour quatre représentations à la Condition des Soies, en alternance avec d'autres pièces de la chorégraphe, et chaque soir aux Doms membre du quatuor de System Failure.
 

Habitués et créations

Avignon a, parmi nos artistes et les structures qui les portent, ses habitués. La Charge du Rhinocéros, par exemple, présentait trois projets. Au Girasole, le déjà souvent salué Occident de Rémi De Vos, mis en scène par Frédéric Dussenne avec les formidables Philippe Jeusette et Valérie Bauchau (spectacle de l'Acteur et l'Ecrit, en partenariat avec le Rideau de Bruxelles). Mais aussi deux projets neufs: aux Ateliers d'Amphoux, en coproduction avec la Compagnie Belle de Nuit, la création de Lisbeths de Fabrice Melquiot, avec Isabelle Defossé et Georges Lini, ce dernier signant également la mise en scène. Dieudonné Niangouna avait été artiste associé au Festival d'Avignon 2013; de lui M'Appel Mohamed Ali est mis en scène par Jean-Baptiste Hamado Tiemtore et interprété par Etienne Minoungou - comédien du genre boxeur pour camper une bête de scène, et évoquer l'Afrique comme un choix et une fierté, et réfléchir sur la résistance, la foi en soi, la complémentarité des êtres, la collectivité, la combativité et le franchissement des limites. Ces nouveautés rejoindront nos scènes la saison prochaine.
 

Chambre d'écho

Il y a les tracts, les spectacles de rue, les parades. Et le bouche à oreille, medium capital dans le Off. Ainsi, au creux de ses remparts, Avignon devient chambre d'écho. Notamment pour Promenade de santé de Nicolas Bedos, avec Charlie Dupont et Tania Garbarski, mis en scène par Hélène Theunissen, ou encore pour Kohlhaas d'après Kleist, proposé par l'Agora Theater aux spectateurs dès 13 ans. Succès incontestable depuis sa création en 2008 par la Compagnie Point Zéro, L'Ecole des ventriloques de Jodorowsky, mis en scène par Jean-Michel d'Hoop avec les marionnettes expressionnistes de Natacha Belova et de sacrés comédiens, peut ajouter à son palmarès un joli juillet 2014. Villeneuve en Scène, festival parallèle inclus dans le Off, accueillait, lui, les sortilèges forains des Baladins du Miroir jouant La Bonne âme du Se-Tchouan de Brecht.
 
Vivace et plurielle, la présence des artistes de Wallonie et de Bruxelles à Avignon ose tant la danse que le théâtre visuel, tant le cirque que la musique (avec entre autres Daniel Hélin et son Crépuscule des Idiots au Théâtre du Verbe fou). Des audaces et des efforts récompensés d'une belle reconnaissance.
 
 
 
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Cet article est tiré de la Revue W+B 125, à laquelle vous pouvez vous abonner gratuitement.